Presse

Pulse IV - De la notation, CRR de Paris - octobre 2010

Court-Circuit et le bel aujourd’hui

L’ensemble Court-Circuit faisait salle pleine à l’Auditorium du CRR pour le premier concert de sa saison, une affluence qui atteste de l’intérêt et de la qualité d’une programmation concoctée avec soin par son directeur Philippe Hurel.

Il avait dédié ce concert à son ami et compositeur Christophe Bertrand disparu tragiquement le 17 septembre dernier et c’est Jean-Marie Cottet au piano qui débutait la soirée en donnant à entendre Haïku, une pièce d’un bel élan, toute de brillance et de sensualité sonore, composée en 2008 par un jeune compositeur bourré de talent.

L’affiche du concert quant à elle proposait quatre figures singulières de la composition d’aujourd’hui ; et d’emblée le quintette avec piano Spur du compositeur et chef suisse Beat Furrer captivait notre écoute à la faveur d’un travail très fin sur l’écriture des cordes inscrivant leurs figures nerveuses sur une trame de piano continue ; superbement conduite, l’œuvre va jouer sur les transformations et métamorphoses d’une matière modifiant constamment ses états – des essaims de sons à une cristallisation progressive – le tout porté par une énergie et un souci du détail auxquels la direction exigeante de Jean Deroyer donne tout son relief.

La musique de Brice Pauset est toujours une source d’interrogation et d’étonnement, tout comme sa notice d’intention qui semble volontairement brouiller les pistes. Chose assez rare chez le compositeur, Les voix humaines pour quintette avec clarinette et piano ne relèvent d’aucune spéculation formelle préalable ; l’œuvre alterne des énergies et des temps différents ménageant des plages en creux où le son s’altère et se décolore, comme submergé par des nappes de silence : frottements, bruissements des archets sur le corps de l’instrument, sons bruités, effet « güiro » sur les touches de piano participent de cette recherche obstinée de l’inouï qui fonde l’originalité de cet artiste hors norme.

L’engagement total pour jouer la musique de Brian Ferneyhough est un préalable indispensable à tout interprète qui s’y colle ; c’est bien ainsi que l’envisage le violoniste Nicolas Miribel qui, seul en scène, donnait avec une superbe autorité du geste Intermedio alla ciaccona, une courte pièce incandescente autant que galvanisante du compositeur anglais.

Dans Nebmaat, la dernière œuvre du programme, Alberto Posadas entend « faire sonner » l’architecture des pyramides d’Egypte. Digne élève de Francisco Guerrero, le jeune compositeur espagnol aime faire appel à la combinatoire mathématique et chercher des modèles pour sa composition. Il utilise ici les mesures de la célèbre pyramide rhomboïdale qu’on associe à la figure du pharaon Nebmaat pour définir les paramètres du rythme et des hauteurs des quatre sections de sa partition. Si l’écriture de processus qui domine la conduite du mouvement est un rien systématique, l’alliage très réussi de la clarinette et du saxophone (soprano et ténor) associés aux textures microtonales des cordes confèrent à l’ensemble de la pièce un charme instrumental tout particulier.

ResMusica - Michèle Tosi, octobre 2010


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