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Puls'action de Court Circuit

Salle comble ce mercredi 10 Mars pour l’Ensemble Court-Circuit qui investissait l’Auditorium du CRR de la rue de Madrid pour le second volet du cycle « Pulse » initié par son bouillonnant directeur artistique Philippe Hurel soucieux de l’excellence de la prestation autant que de la convivialité des rencontres rituellement ponctuées par un cocktail des plus festifs.

Alternant pièces d’ensemble dirigées et petits effectifs, la soirée débutait avec Da Roma, le trio pour alto, clarinette et piano de Bruno Mantovani, un « envoi de Rome » pourrait-on dire puisqu’il l’écrivit en 2004 lors de son séjour à la Ville Médicis. On est d’emblée sous le charme de cet alliage sonore intimiste dont Mantovani modèle la trajectoire au gré de sa fantaisie. Avec une concentration extrême, Pierre Dutrieu, Jean-Marie Cottet et Béatrice Gendek maintiennent l’écoute suspendue à la destinée de la matière sonore d’une étonnante plasticité.

Chef attitré de l’Ensemble Court-Circuit, Jean Deroyer dirigeait ensuite en création mondiale To deep and deeper blue, une pièce d’envergure au titre très suggestif de Laurent Cuniot dont on appréciait l’écriture exigeante autant que sensible. On se laisse rapidement immerger dans ce flot de matière ductile aux textures raffinées dont la conduite sinueuse mais fermement emmenée favorise une gamme de couleurs très diversifiée.

C’est pour Alexis Descharmes « l’une des plus grandes personnalités du violoncelle contemporain » nous dit Philippe Hurel que le compositeur écrit en 2007 D’un trait, une pièce maîtresse du répertoire violoncellistique d’aujourd’hui dont le titre dit l’urgence et la fulgurance du geste. Si l’écriture virtuose est à la mesure des capacités hors norme de son dédicataire, elle n’en affine pas moins une matière sonore extrêmement différenciée qui réclame son amplification. On est subjugué par la précision du geste et l’élégance du jeu d’Alexis Descharmes qui projette, sculpte, lamine les sonorités au gré de l’imaginaire hurélien, fantasque autant que contrôlé.

Le concert s’achevait avec l’œuvre multimédia de Pierre Jodlowski, Respire liant vidéo, support électroacoustique et « performance instrumentale », le tout sous la direction sobre et efficace de Jean Deroyer. C’est un premier projet – work in progress davantage qu’œuvre aboutie – d’un triptyque (Respire, Mange, Dors) où Jodlowski entend explorer l’interaction entre les corps humains et la musique. Si cette approche basée sur un modèle gestuel de flux et de reflux laissait le spectateur un rien dubitatif, elle n’en proposait pas moins, au terme de cette riche soirée, de nouvelles pistes d’écoute.

Michèle Tosi ResMusica (13/03/2010)


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