Presse

Hommage Messiaen/Grisey

- concert du 20 octobre 2008 au théâtre des Bouffes-du-Nord.

ResMusica  le 25 octobre 2008

Musique d’ensemble : Ensemble Court-circuit - [Paris] Hurel dirige Hurel et Grisey

Paris, théâtre des Bouffes-du-Nord. 20-X-2008. Philippe Hurel (né en 1955) : Step pour flûte, clarinette, percussion, piano/synthétiseur ; D’un trait pour violoncelle. Gérard Grisey (1947-1998) : Talea pour flûte, clarinette, violon, violoncelle, piano. Olivier Messiaen (1908-1992) : Quatuor pour la fin du temps pour violon, violoncelle, clarinette et piano. Ensemble Court-Circuit : Jérémie Fèvre, flûte ; Pierre Dutrieu, clarinette ; Marie Charvet, violon ; Renaud Desjardin et Alexis Descharmes, violoncelle ; Eve Payeur, percussion ; Jean-Marie Cottet, piano. Direction : Philippe Hurel.

Si l’Ensemble Court-Circuit, ce lundi 20 octobre aux Bouffes-du-Nord, rendait un double hommage à Olivier Messiaen (né en 1908) et Gérard Grisey (décédé en 1998), il mettait aussi à l’honneur son directeur artistique Philippe Hurel, au pupitre ce soir pour assurer la création française de sa propre partition Step qui débutait le concert. Dans cette œuvre écrite en 2006 pour le New music ensemble de New York où elle fut crée, Philippe Hurel entend « réagir pas à pas » selon une trajectoire sonore évolutive telle qu’il aime les concevoir. D’une première étape dans laquelle les quatre instrumentistes, loin l’un de l’autre, sont « tenus » par l’exigence d’une écriture « imitative » très serrée, on passe en effet à un jeu plus interactif concrétisé par le rapprochement physique des deux protagonistes (flûte et clarinette) autour du chef arbitrant cette joute sonore à quatre avec beaucoup de précision et de cohérence. Dans cette confrontation beaucoup plus libre où le geste « se lâche » et les textures sonores se gorgent d’une énergie sonore très jouissive, Hurel invite son auditeur à une écoute active rivée au devenir sonore de la partition.

Même tension de l’écoute avec la deuxième pièce d’Hurel au programme de cette soirée, D’un trait, pour violoncelle solo, dont la fulgurance de l’élan rejoint l’énergie explosive de son destinataire Alexis Descharmes insufflant à l’œuvre une vitalité époustouflante. Hurel parle « d’une sorte d’animalité » se dégageant de la partition qui compte désormais parmi les pièces de référence du répertoire violoncellistique contemporain. Et pour ne rien gâcher de la projection sonore mise à l’œuvre – de somptueuses images spectrales s’y déploient - et du geste instrumental engagé, Alexis Descharmes élimine le pupitre faisant obstacle au profit de l’écran d’un discret ordinateur placé face à l’interprète.

Nous restions dans le défi sonore avec l’œuvre de Gérard Grisey, Talea, une pièce de 1985-1986 - souvent mise au programme des ensembles de musique d’aujourd’hui - dont la mouvance spectrale s’exprime ici avec une maîtrise étonnante. Familier d’un tel contexte sonore, Philippe Hurel conduit en expert ses cinq instrumentistes dans la mise en phase progressive des superpositions polyphoniques jouant en continu sur la fusion et la fission sonores qu’une acoustique moins sèche aurait davantage servies.

On aura, au final et presque inévitablement, entendu bon nombre d’interprétations du Quatuor pour la fin du temps d’Olivier Messiaen durant cette année anniversaire 2008. Saluons la version des quatre instrumentistes de Court-Circuit – Marie Charvet et Renaud Desjardin très investis dans leurs Louange respectives - qui parviennent à recentrer l’écoute dans le calme et le dépouillement de cette pièce singulière en dépit de l’atmosphère bien peu mystique des Bouffes du Nord.

par Michèle Tosi


La lettre du musicien le 20 octobre 2008

Musiques en scène

Pour son premier concert de la saison, l’ensemble Court-Circuit, que le théâtre des Bouffes-du-Nord accueille dans sa saison musicale, offrait un “Hommage à Gérard Grisey et Olivier Messiaen”. Plus qu’un Quatuor pour la fin du temps plutôt décharné du second, et ce malgré le beau violon de Marie Charvet, on retiendra davantage le Talea du premier de qui on fête – le sait-on assez? – le dixième anniversaire de la disparition.
Nerveuse, dramatique, cette pièce de 1986 marque en effet une rupture avec les hypnotiques lenteurs de la musique spectrale dont Gérard Grisey est pourtant le génial inventeur. Elle est le “court-circuit” d’une œuvre fabuleusement expressive, de qui le fondateur de l’ensemble du même nom, Philippe Hurel, est resté le héraut et le continuateur. L’ensemble poursuivra d’ailleurs toute cette saison son hommage à Grisey, du festival Radar de Mexico (en mars) au Conservatoire de Boulogne-Billancourt (en avril).
Toutefois, l’attention lors de ce concert se portait également sur deux œuvres récentes d’Hurel. Tout d’abord Step, qui entoure le babil d’une flûte et d’une clarinette de soubresauts de piano et de vibraphone, avant que la musique ne se compacte et ne durcisse; et surtout la création de D’un trait pour violoncelle solo. Stupéfiante interprétation de son dédicataire, Alexis Descharmes, qui s’affirme de plus en plus comme un phénomène d’aujourd’hui, muse d’un nombre déjà impressionnant de compositeurs de tous horizons. De cette œuvre tempétueuse que Descharmes dévore littéralement, on garde en mémoire les cordes furieusement élastiques de son instrument, ses glissandi fulgurants et les déchirants et invraisemblables harmoniques que le jeune musicien français parvient parfois à faire résonner d’un pouce, à la manière d’un magicien. Eblouissant!

Par Laurent Vilarem


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